Le trésor de Dieu
Matthieu 13, 42-52 1 Rois 3, 5-12 1 Ro 8 28-30
C’est le troisième dimanche que nous méditons le chapitre 13 de l’évangile selon Matthieu où Notre Seigneur Jésus Christ parle du « Royaume des Cieux » en paraboles.
Les disciples l’ont interrogé sur cette forme d’enseignement dont le sens profond semble caché.
Je vous invite d’abord à nous interroger sur cette expression Royaume des cieux propre à Matthieu. Je me suis demandé comment le dire à nos contemporains…
Un royaume c’est un mode de gouvernance d’une société humaine où le Roi a l’autorité pour maintenir la justice, mais qui, comme l’histoire a pu le montrer, devient très souvent tyrannique, avec un rapport de servitude, négligeant ses devoirs vis à vis des hommes et de la bonne gestion du bien commun. Dans le début de l’histoire du peuple hébreu se sédentarisant, les décisions de Dieu étaient transmises par les Juges, jusqu’à ce que le peuple demande un roi rejetant ainsi l’ autorité de Dieu. Nous trouvons cette évocation dans 1 Samuel 8, 6-7 qui rapporte que Dieu a prit acte de ce refus et l’a accepté tout en annonçant les exactions des futurs rois…Commence l’histoire des rois, Saül, puis David, Salomon….
L’expression Royaume des cieux, s’oppose à royaume terrestre, et nous rappelle que la royauté de Dieu n’a rien à voir avec une royauté humaine.
Le mot « les cieux » n’est pas à prendre comme un lieu géographique, un Dieu dans le ciel lointain…L’expression Royaume des cieux n’est pas non plus à prendre comme un futur très éloigné, une fin des temps. D’ailleurs, Jésus compare le Royaume des cieux à des scènes du quotidien de ses compatriotes. Il en égraine ainsi sept : le semeur, le grain de sénevé, le levain, le bon grain et l’ivraie, qui ont été méditées les deux dimanches passés, puis il continue avec le trésor caché, la perle de grand prix, le filet de pèche. Pour moi, ces scènes quotidiennes nous montrent cette proximité du royaume. Après la fin de notre temps, il n’y aura ni à semer, ni à faire du pain, ni besoin d’argent, quelle que soit notre représentation de cet au-delà qui ne nous appartient pas.
Le sens de l’ expression Royaume des cieux est à chercher dans une relation, la relation de Dieu pour nous et de nous avec Dieu.
Avant la lecture des paraboles, nous avons lu 1 Rois 3, 5-12 : ce dialogue entre Dieu et justement le troisième roi du peuple hébreu, Salomon. Vous avez bien noté que c’est Dieu qui s’adresse à Salomon, « Que puis-je te donner ? » Salomon demande un cœur capable… de discerner le bien du mal pour gouverner le peuple qui lui a été confié. Dieu exhausse Salomon.
Oui nous croyons qu’il y a un Dieu qui se préoccupe de nous, et qui peut nous donner ce qui est bon pour nous. C’est ce que nous appelons notre foi en Dieu
Paul dans 1 Romains 8, 28-30 nous dit : « 28Nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein. 29Ceux que d’avance il a connus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d’une multitude de frères ; » Le bien que Dieu veut pour nous c’est de devenir conforme à l’image de Jésus Christ pour être frères et enfants d’un même Dieu.
Le Royaume des cieux c’est Dieu dans notre vie, c’est notre vie avec Dieu, notre foi en lui.
Alors que nous dit Jésus dans ses trois dernières paraboles.
La parabole du trésor caché et celle de la perle de grand prix se ressemblent.
Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché et qu’un homme a découvert,… Le royaume des cieux est comparable à un marchand qui cherchait des perles et trouve une perle de grand prix…
Elles se ressemblent, mais vous l’avez sans doute remarqué qu’elles inversent les rôles. Cela me parle de la relation de Dieu et des hommes. La loi mathématique qui permet à une relation de s’inverser s’appelle la réflexivité, la relation de Dieu avec l’homme attend une réponse de l’homme.
Il est habituel de dire que le trésor caché, ou la perle de grand prix, c’est la foi en Dieu que l’homme reçoit par grâce, pour certain sans l’avoir chercher et pour d’autre au cours d’une longue quête. Que le fruit de cette découverte c’est la joie.Nous nous rappelons les paroles de Jésus : Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite (Jean 15,11)
La fin de ses deux courtes paraboles, nous dit aussi que ce trésor, il faut en quelque sorte se l’approprier. L’homme au trésor caché vend tout pour acheter le champ où il a de nouveau caché le trésor, le marchand de perles vend tout pour acquérir la perle de grand prix. Ce n’est pas une simple spéculation financière car il y a ce TOUT qui signe la radicalité du choix. J’ entends cette radicalité de choix plus particulièrement dans la situation du marchand de perles qui me semble-t-il est devenu plus un collectionneur qu’un marchand. Pour acquérir la perle de grand prix, il doit choisir de se séparer de sa collection, il vend TOUT. Cela nous dit que, en quelque sorte, la découverte du Royaume implique pour le garder une radicalité de changement de vie, se dessaisir de tout ce qui n’est pas ce nouveau trésor, faire des choix radicaux. Ces deux paraboles nous rappellent l’histoire du jeune homme riche, la parabole du chameau et du chas de l’aiguille…Pas facile n’est-ce pas de vivre l’évangile dans sa radicalité. Chrétien, que devient la joie de la grâce ? Soyez toujours joyeux nous dit Paul, au moment du choix es-tu toujours joyeux ?
Aujourd’hui, je me permet de vous proposer une autre lecture de ces deux paraboles, une lecture au nom de cette loi de la réflexivité de la relation de Dieu et de l’homme, une lecture au non de la grâce première que nous avons annoncée au début du culte.
Le trésor caché, c’est Adam, Adam qui se cache quand Dieu l’appelle… c’est à dire c’est l’homme, l’homme emmêlé dans le péché, c’est toi, c’est moi, que Dieu appelle, cherche et trouve avec joie et amour. Et c’est Lui, Dieu, qui s’est dépouillé de TOUT en Jésus Christ, pour notre bien.
Oui ma sœur, mon frère tu es, nous sommes le trésor caché, la perle de grand prix de Dieu qui a TOUT donné pour notre bien.
C’est la joie de ces deux paraboles. La joie du Christ est notre joie.
Cette autre lecture éclaire la parabole suivante du filet qui de premier abord semble changer de décor… Maintenant que Dieu nous a pêchés, repêchés, maintenant que Dieu a TOUT donné pour nous garder, pour notre bien, il sépare en chacun le bien et le mal pour être mis à part dans son royaume, ceci non sans pleurs et grincement de dent, mais la vie de chrétien reste une vie d’homme avec ses pleurs et ses grincement de dents…
Notre Dieu est un Dieu de relation et d’amour. Il attends de nous cette réflexivité. Il est patient.Il se laisse chercher et chacun peut le trouver et vivre une vie renouvelée, justifié en Christ, et c’est dans la joie de cette découverte que chacun à son tour, à son heure, peut chercher, trouver et tout donner.
Car tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, nous dit Paul afin d’être à l’image du Christ.
Ce message il nous faut le transmettre, car il nous reste à méditer les deux derniers versets Matthieu 13, 51-52 . Jésus s’adresse à ses disciples : « 51« Avez-vous compris tout cela ? » – « Oui », lui répondent-ils. 52Et il leur dit : « Ainsi donc, tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux. »
Le scribe est le spécialiste de la loi, de la Thora et des prophètes, l’Esprit de l’évangile est le même Esprit qui a donné la loi dont Jésus nous a rappelé le sommaire : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme,et de toute ta force, c’est le premier et le plus grand commandement et voici le second qui lui est semblable tu aimeras ton prochain comme toi-même. Jésus veut nous dire que la nouvelle alliance accomplit la première alliance.Car je ne suis pas venu abolir mais accomplir la loi (Matthieu 5, 17).
Le passage de la tradition judaïque au christianisme par la toute jeune église chrétienne n’a pas été sans difficultés comme on peut le lire dans le récit des actes des apôtres et les épîtres.
Intégrer dans la bible chrétienne les deux l’ancien et le nouveau, le premier et le deuxième testaments a pris du temps. C’est un défit pour l’église à toutes les époques d’actualiser le message de l’Evangile. Actuellement, nos églises issues de ce que nous appelons la « tradition » doivent toujours actualiser leur propos, discerner , se renouveler, sous l’inspiration de l’Esprit toujours à l’œuvre car le Royaume des cieux est à vivre aujourd’hui, le même Esprit hier, aujourd’hui, demain.
Que l’Esprit de Dieu qui surpasse toute intelligence nous soit en aide.
Amen
(Image : « Original Watercolor Landscape Field Clouds Sun » Painting Olga Lionart, Poland)